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You Be Good Now

You Be Good Now

Mostly n'importe quoi. En Français and English.

La terreur du teint parfait

J’ai 22 ans et depuis presque 10 ans je n’ai jamais eu une peau parfaite. Je n’ai même pas eu une belle peau en fait. Citez un problème de peau, je l’ai : des points noirs, des rougeurs, la peau sèche, la peau, grasse, la peau sensible, de l’acné, pure et simple, j’ai ! J’en ai souffert. On m’a traitée de tout au collège. Aujourd’hui, même si ce n’est toujours pas parfait, je sais utiliser les artifices de la cosmétique pour donner le change. Je me considère comme plutôt mignonne. Je me fais draguer assez souvent et j’ai un copain qui n’arrête pas de me répéter que je suis jolie. Pourtant, il est probablement la seule personne, à part mes parents à être autorisée à me voir sans maquillage. Parfois, je fais une crise d’acné, et plus personne n’est autorisé à me voir sans maquillage. Même pas moi. Je commence à appliquer du fond de teint avant même d’oser me regarder dans un miroir. En tout cas de près.

Depuis mes 13 ans j’ai développé une technique d’évitement pour ne pas être confrontée à la piètre qualité de ma peau. Je me regardais dans le miroir oui, mais de loin, avec de la lumière tamisée ou au contraire, avec une lumière forte dans la figure. Imaginez un flash, mon meilleur ami pour les photographies. Je voulais étrangler les filles qui, traversant la puberté sans cet inconvénient, trouvaient le moyen d’emmerder tout le monde lorsqu’elles se trouvaient un point noir. Mais est ce que tu te rends compte que je ne peux pas me regarder de près dans un miroir sans pleurer et passer trois jours sans sortir de chez moi connasse ?! Longtemps, j’ai gardé dans mon sac des miroirs de piètre qualité, qui atténuaient les rougeurs, ne rendaient pas le grain de peau dans toute sa précision imparfaite. J’évitais comme la peste la plupart des miroirs fournis avec le maquillage. Ces monstres qui vous rendent une image HD de votre criante imperfection. Mais pourquoi tant d’acharnement ? Comment se fait il que le miroir fournit avec le fond de teint La Roche-Posay, prévu pour les peaux à imperfection soit grossissant ? Les gens qui achètent ce produit ont il vraiment besoin de voir leurs pores et leurs rougeurs accentuées ?

Lecteur, je ne sais absolument pas si tu te demandes ce que je raconte, si tu penses que je délire ou si tu compatis, voire te reconnais. Ce que je sais, c’est qu’il y a des chances pour que ta peau soit irréprochable. Mais il y a aussi des chances pour qu’elle ne le soit pas. Il y a en tout cas très peu de chances qu’elle ressemble à celle des papiers glacés. En effet, l’avènement de la HD ne s’est pas fait sans une autre révolution : celle de Photoshop. Les filles des magazines n’ont pas seulement une belle peau. Elles ont une peau parfaitement uniforme, sauf peut-être pour quelque reflets roses parfaitement charmants au niveau des pommettes. Elles ont une peau dont la lumière s’échappe et qui paraît faite de marbre. On n’imagine même pas un moustique les piquer ni la chaleur rougir leur front. Rien de cela n’atteint l’idéal auquel nous sommes invités à nous identifier. Atteindre celui-ci dans la « vraie vie ». In real life, sans filtre, sans flash, sans la possibilité de choisir ni l’éclairage, ni la distance ? C’est simple. Il vous faudra une crème hydratante, une base de maquillage, un fond de teint, un anti cerne et, si possible, de la poudre pour fixer le tout. Je ne vous parle pas du « layering » dont sont apparemment friandes les japonaises ou des crèmes éclaircissantes, commercialisées sous des appellations plus ou moins euphémisées et encore trop populaires. Donc la solution est là. Elle est couteuse, qu’il s’agisse d’argent, de temps, de savoir faire, ou même de l’envie de faire un effort. Mais vous êtes censée faire un effort. Vous n’avez pas une belle peau, vous êtes défaillant.

Un peu comme les gros, les boutonneux ont encore le privilège d’être discriminés en permanence et en tout légitimité. Pire, alors que certains de nos héros populaires ( voir les films Muriel, Bridget Jones, Precious, ou la comédienne Melissa Mc Carthy) sont bien en chair, il n’y a pas, à ma connaissance, de film ou autre production culturelle à succès dont le héro soit un(e) boutonneux(se) ni de personne qui fasse carrière sans avoir une peau parfaite (au moins une fois maquillée). Les adolescents héros de film n’ont pas d’acné, CE N’EST PAS UNE QUESTION A LAQUELLE ILS SONT CONFRONTES. Alors que les vrais ados le sont putain ! Ou si ces personnages fictifs y sont confrontés c’est parce qu’ils se sont trouvé UN bouton et ce sera l’intrigue d’au moins un épisode s’il s’agit d’une série. Les boutonneux sont les nerds, les losers et compagnie, qui seront méprisés et susciteront très rarement la sympathie.

L’acné n’existe pas. Il est une maladie honteuse. Tiens, c’est peut être la raison de cette omerta. Une physionomie enrobée, si elle est encore trop souvent méprisée (peut être une idée pour un article à venir) ne paraît jamais aussi dégoutante que de l’acné. Est-ce parce que les boutons sont, en général, associés à la maladie ? Peut être bien. En tout ça, c’est comme ça, tant que le vaccin contre l’acné ne sera pas inventé (mon copain m’a dit que ça venait) nous aurons à vivre avec cette réalité : les boutons existent ! Et certaines personnes en souffrent horriblement. Elles peuvent utiliser tous les produits qu’elles veulent sans rien y changer. Si tu as de l’acné et que quelqu’un te dit que tu n’as qu’à te laver la figure, je comprendrais que tu l’étrangles. Bref, je ne pourrai jamais assez mettre l’accent sur l’horreur que c’est d’avoir de l’acné, même aujourd’hui et j’emmerde ceux qui n’en n’ont jamais eu et pensent qu’ils sont supérieurs d’une manière ou d’une autre.

D’une manière générale, je m’inquiète de ce penchant pour la peau parfaite. Apparemment, la HD sur les téléviseurs (grand format en plus) a amené plein d’acteurs à se préoccuper encore plus de leur peau. Que peut faire le reste de la population ? Accepter que la société devienne potentiellement de moins en moins tolérante vis-à-vis de l’imperfection ? Lutter sans relâche contre les innombrables maux qui rendent notre peau imparfaite ? Je n’ai cité que l’acné, mais si l’on s’attaque au corps on a droit à une liste interminable de joyeusetés, dont la cellulite, les vergetures etc.

Notre peau est, évidemment, une part de nous. La mienne dit constamment « Je ne suis pas parfaite ». Elle dit aussi « Je suis tombée quand j’étais petite et maintenant j’ai une cicatrice au-dessus du sourcil » Elle dit que je suis européenne, que je suis brune, que je ne bronze pas des masses, qu’à 17 ans j’ai pensé « Tiens, ce serait une bonne idée de me faire tatouer le poignet. » Elle dit plein de chose parce que je suis une personne avec une histoire, pas une photo de mode. Je suis désolée si ceci a l’air d’une diatribe, ou est rempli de clichés, mais honnêtement, on sait tous que la perfection, on l’emmerde. Dans tous les domaines, la peau y compris. Alors oui à l’individualité, non aux jugements à deux balles, aux journalistes de modes qui disent ne pas faire la bise à quelqu’un qui a un point noir ( ?!) et aux marques de cosmétiques qui (encore un cliché) ne font que tabler sur nos complexes et les canons de notre société. Parce que 2014 ce n’est pas que Photoshop et la HD, c’est aussi le droit à décider de ce que l’on veut sans avoir peur du jugement d’autrui (ou en tout cas de moins en moins).

En attendant, vous pouvez regarder la vidéo attachée, que vous ayez de l'acné ou pas, ça vous remontera le moral.

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