Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
You Be Good Now

You Be Good Now

Mostly n'importe quoi. En Français and English.

Mais qu’est ce que je fous là putain ? Au meeting toulousain du FN.

Ceci est un réçit de mon expérience au meeting du FN du samedi 15 mars lors de la campagne des municipales toulousaines.

Moi et ma gueule de bois

Samedi matin (vers 13h40) je suis au lit, les stores sont fermés et malgré une gueule de bois monstrueuse, j’ai le sentiment de me trouver dans l’endroit le plus confortable au monde. J’imagine que je suis sur un nuage et ne voudrais bouger pour rien ni personne. Pourtant, le sentiment du devoir me rattrape et je me décide à vérifier mon portable. RDV à 14h30 avec mon groupe de travail pour aller en chœur au meeting du FN. Aaaaaargh. Explication : sciences po c’est des travaux de groupes, beaucoup de travaux de groupe : des enquêtes, des exposés, des dissertations... Ainsi, un de nos profs a décidé de nous faire travailler sur la culture dans le programme des listes en concurrence pour les municipales de Toulouse. Avec mes copines gauchistes (Marie et Eli) on a décidé de travailler sur « Toulouse en marche » une liste par et pour les habitants des quartiers populaires. Seulement, les deux mecs du groupe ont eu envie de travailler sur le FN. Rien de surprenant à cela en fait, il existe chez les mecs de sciences po une sorte de fascination pour l’extrême droite. Un genre d’attrait du mal, un peu comme quand vous regardez Le Silence des Agneaux.

Bon, pour revenir à ma situation, j’ai 50 min pour émerger, ça me paraît beaucoup trop court, mais des efforts surhumains me permettent de me pointer à l’heure.

Mais pourquoi tu t’es habillée comme ça, tu es folle ?!

Je suis la dernière à arriver au RDV. Je me précipite pour faire la bise à tout le monde espérant que mon enthousiasme camouflera mon état lamentable. Et là Eli me dit « Mais pourquoi tu t’es habillée comme ça, tu es folle ?! Regarde moi je me suis habillée neutre, je fais rien là, pas fa, pas anti-fa ! » Ferais-je fille de catho ? Si je porte cette robe_que je ne mets jamais_c’est parce la moitié de mes habits est sale et l’autre est roulée en boule dans un coin. On ajoute à ça mes cheveux tirés en queue de cheval (ils n’avaient qu’à ressembler à quelque chose, ok ?) et mes ballerines compensées et j’ai de quoi m’inquiéter. Je demande confirmation : « Bin oui, tu fais un peu faf (de « la France aux Français ».) » Ok bon, sur le chemin je me dis que je sais qui je suis, je regarde Arte et je lis Libé bordel de merde ! Comme par hasard, il fait moche. Il a fait beau toute la semaine, et aujourd’hui, sur le chemin d’un meeting du FN, le ciel gris nous menace, le vent est froid. Re-bordel.

Les antifa et le drapeau français qui flotte là haut…

Sur le chemin, bien sûr, on croise la manifestation antifa prévue en réaction au meeting du FN. On s’agite un peu : est ce qu’on essaye de passer le plus loin possible d’eux ? Est-ce qu’ils vont deviner où on va ? J’essaye de faire une approximation du nombre de manifestants, je veux savoir s’il y aura plus de monde du côté des « fa ». Pierre pense reconnaître des policiers dans des voitures banalisés suivant la manif. Plus loin, sur le pont tout proche de notre destination, on croise quelques cars de CRS. La vue est vraiment lugubre. Les eaux de la Garonne sont noires et le coin vraiment moche. On aperçoit des journalistes, qu’on décide de suivre. On arrive à une espèce de portail. Là, plusieurs hommes arborent le sigle « DPS » sur leurs manteaux. Pierre nous explique que le « Département Protection Sécurité » est le service d’ordre du FN, composé en grande partie d’anciens militaires, notamment de la Légion Etrangère. (Pour les dérapages et « incidents » liés au DPS voir la liste longue comme un bras sur leur page Wikipedia). Un type par ailleurs sympa (je crois que c’était un employé municipal) nous demande où nous allons. Nous balbutions une réponse, Eli précise bien que nous sommes des étudiants travaillant sur une enquête (cette justification sera notre talisman tout au long de l’après-midi). Nous apercevons la salle Jean Mermoz. My god, c’est encore plus glauque. On se croirait en URSS, pire, dans un film sur l’URSS. Un grand escalier extérieur, suivi d’une terrasse mène à l’entrée du bâtiment. Quelques personnes y discutent et fument, je ne peux pas m’empêcher de penser que ces silhouettes sont sinistres. Peut être à cause de l’ambiance générale et de la place importante que le noir semble occuper dans le vestiaire des pontes et supporters du FN. Un drapeau français flotte sur un bâtiment voisin.

Les sangsues votent FN

Contrôle de sécurité à l’intérieur. Eli, qui est mince comme tout, porte un jean slim et même pas de manteaux, a droit au détecteur de métaux et tout… Je dois vraiment faire faf parce qu’ils ne me fouillent pas, ni ne regardent dans mon sac. Ils fouillent Marie, qui a un sac plus petit que le mien et ne ferait pas de mal à une mouche. Bon, au moins ils n’ont pas vu le bordel que je trimballe ni mon porte monnaie « weed money ». Deux jeunes en costard et arborant des badges « organisation » nous accostent immédiatement. Un meeting du FN c’est un peu comme à Sephora, on va pas te laisser déambuler librement pour jeter un coup d’œil par ci par là, on a des gens pour te faire dire ce que tu est venu chercher bordel. On leur explique qu’on est des étudiants de Sciences Po et pendant un moment il y a un petit quid pro quo parce que d’autres étudiants, d’un autre cycle et qui travaillent sur un autre sujet, ont déjà contacté le FN. Non monsieur ce n’est pas nous, non on ne connaît pas d’Athénaïs. D’ailleurs les voilà qui arrivent, ils sont tout frais, ce sont des deuxièmes années. Et en voilà d’autres qui arrivent, des quatrièmes années comme nous ceux là, en master journalisme, confère le matériel d’enregistrement qu’ils se trimballent. On se retrouve comme des amis paumés dans la foule alors qu’on ne s’est jamais parlé auparavant. Ils ont l’air aussi à l’aise que nous. Ils profitent que les sangsues soient occupées avec les deuxièmes années pour nous proposer de nous faire passer devant, près de la scène avec eux. Malheureusement, les sangsues reviendront vers nous et les apprentis journalistes ne pourront plus nous attendre pour installer leur équipement. Le gars qui parle le plus est super lourd, il est vraiment dans son truc et je voudrais lui dire que je m’en fous, mais c’est pas le but...Je suis de plus en plus mal à l’aise, avec l’impression d’être nez à nez avec un cerbère qui taxe des clopes à rouler à ma copine et qui ne sait pas rouler. Eli en a marre, elle lui demande d’écrire le contact qu’il nous promet et lui prépare sa clope.

Bouh SOS Racisme !

Enfin, on s’assied. La salle est organisée bizarrement. Avant le meeting a été servi un « Repas Patriotique ». Sympa. Du coup, directement devant la scène il y a plusieurs rangées de tables. Elles sont plutôt bien remplies. D’ailleurs, fin du suspense : il y a visiblement plus de participants au meeting que de manifestants antifa. Des serveuses font des aller-retour incessants avec des plateaux pleins de verres et de bouteilles. Certaines commencent à servir du café on dirait. Il est 15h et quelques. Soudain, on entend une chanson. C’est euh…Charles Aznavour ? Pas sûr. La chanson s’arrête rapidement, au profit d’une autre, plus dans le registre hymne. Je n’ai aucune idée de ce que c’est, mais je sais que c’est pas l’Internationale. Les yeux se tournent vers un groupe couleur bleu marine qui fait son entrée spectaculaire par le fond de la salle. Cet homme qui se rapproche de moi, mais, mais oui ! C’est lui ! C’est Jean-Marie Le Pen ! Tout vieux, tout petit, au milieu de son banc de requins il savoure sa popularité. La foule est en liesse et moi j’ai vu JMLP au moins une fois avant qu’il claque. A ses côté, le tout fiérot Serge Laroze, tête de liste à Toulouse, qui parlera le premier. Le début est très chiant. On décore trois personnes. Ils mettent vraiment l’accent sur le passé militaire des chanceux lauréats. L’armée et le FN, je croyais que c’était un cliché. Au passage, ils chialent bien sur les misères que leur a fait subir l’ « establishment » pour cause d’appartenance au FN. Bouhou. En parlant de ça, Serge Laroze continue dans la lancée « bouc émissaire » en évoquant toutes les asso qui se sont mobilisées contre l’organisation du présent meeting. C’est parti pour les huées contre les antifa. Mais c’est pas fini, Laroze, à fond, cite encore La Halde et SOS Racisme. Bouh SOS Racisme, vraiment ? Mais les gens huent… Je note ces observations quand c’est au tour d’EELV d’en prendre pour son grade. Ah non pas EELV, merde ! Enfin, ils s’en sortent mieux que les journalistes. Quand Laroze exprime son désir qu’ils couvrent l’évènement « avec honnêteté » des protestations générales s’élèvent. Mais qui échappera aux 600 « soldats du FN » comme les appelle Laroze ?

Un FN est un FN

En parlant de journalistes, une chaîne de télé Suisse qui fait un reportage sur les jeunes supporters du FN veut nous interviewer. Malaise. Justification générale. Je le verrai plus tard interviewer un jeune apparemment plus vaincu à la cause. Le même viendra ensuite s’asseoir prés de nous et manifestera bruyamment son enthousiasme à maintes reprises.

Après l’apitoiement général c’est parti pour le discours à proprement parler. Quelques mots sur Toulouse, mais de manière générale il s’agit plutôt d’évoquer les thèmes chers au FN. Présence du big boss oblige ? Laroze a –t-il eu peur d’ennuyer JMLP avec des problématiques trop locales ? Enfin, ça commence bien, la France soufrerait « d’insécurité, de chômage (mouais, jusque là…), de perte d’identité ( !) de fiscalisme (!!), de tiers mondialisation (!!!!) » sans parler de la « politique anti-française au gouvernement ». Pardon ? Mais ce n’est que le début d’une belle succession de perles. J’apprends ainsi que « La France est le pays le moins raciste et le moins anti-sémite au monde ». Bin oui pas comme ces cons de chinois ou ces basanés. Que « La sécurité est la première des libertés dans les pays civilisés. » Que « les enfants appartiennent à leurs parents et pas à l’Etat » (au sujet de la « théorie du genre »). Et enfin, ma préférée : « Non au hallal, oui à la saucisse de Toulouse ! » Oh fuck… J’en peux plus, j’éclate de rire, non mais vraiment ? Vous applaudissez ça ? Mouaaahahahahah. Enfin, c’est triste, je me reprends. Laroze nous lance un os en faisant quelques déclarations sur la culture simplement pour dire ce qu’il ne financera pas « les associations communautaires, le festival du film LGBT, la musique raï, rap et techno ». Je me demande bien comment ils vont faire au festival du film LGBT sans ce précieux financeur, mais bon, chacun sa merde hein.

Le vieux

Bon, j’ai évoqué l’enthousiasme des supporters du FN, je vous demanderai de garder ça à l’esprit pour la section que vous vous apprêtez à lire, parce que si je dois rendre fidèlement l’engouement des militants à chaque sortie de JMLP je vais pas m’en sortir. Le requin commence son discours en récitant un poème sur le printemps. Pourquoi pas ? Le reste est un mélange, je dirais, de ruminations personnelles (anecdotes de jeunesse et conneries diverses) et frontistes (thèmes chers à l’idéologie, contrevérités et assimilations). Ma préférée : immigré = musulman (JMLP se plaint que les chiffres de l’immigration de telle année ne coïncident pas avec le nombre de musulmans telle autre année. Bin, c’est parce que c’est pas la même chose, coco !). A part ça, on apprend qu’il faut arracher la France de sa « décadence ». Que la mauvaise immigration (beur, black, musulmane, fertile, pauvre, paresseuse et communautariste) a remplacé la bonne (européenne, travailleuse, mais surtout, amoureuse de la France !). Qu’un immigré de plus de 65 ans reçoit automatiquement une pension de 750€ par mois en arrivant en France (à vérifier). Il se plaint que Valérie Pécresse ait été condamnée à un moment donné pour « préférence nationale » alors que, selon lui, cela devrait être la norme. Ajoutons à cela la présentation de la culture française comme supérieure à… à peu près toutes les autres, avec à l’appui une merveilleuse affirmation « La civilisation française est la seconde la plus ancienne au monde. » Hu ?

Le vieux et les femmes

Meilleur moment de JMLP cependant, quand il se sent d’âme charitable et évoque les femmes. En grand féministe, il vante le rôle des femmes de l’aérospatiale (on est à Toulouse, suivez un peu). Et d’un coup je sais pas, il se sent plus, il commence à nous dire que « qu’elles soient jeunes, mères, grand-mère ou vieilles dames les femmes méritent notre respect et notre sympathie ». Avec Marie on se regarde. Incrédule, elle répète « respect et sympathie ». Et oui, soyez gentils avec les femmes bande de bêtes ! Mais n’allez pas non plus en parler comme des sujets plutôt que comme des objets. Faut pas déconner.

Le vieux parle encore, lassitude, les looks de la journée

Eli qui, depuis un moment est stressée, en a marre et veut partir. Je propose de rester un peu, genre jusqu’ à la fin du discours de Le Pen, mais elle n’en peut plus. Alors Marie l’accompagne et je reste avec Pierre. Franchement je ne suis plus trop, après la 20ème anecdote de jeunesse je me suis mise en veille et puis je ne crois pas qu’il puisse encore surpasser sa déclaration sur le « respect et la sympathie » envers les femmes. Pierre me fait remarquer le look impayable de certains militants. Notre préféré arbore une espèce de coupe au bol accompagnée d’une queue de cheval, porte un magnifique pull « années 90 » et une banane. On l’aime. Notre hilarité précède de peu la clôture du meeting et c’est parti pour la Marseillaise. On reste assis bien sûr. Pierre me donne un coup de coude, un gars de deuxième année à Science Po s’est levé pour chanter, la main sur le cœur comme les autres. Je ne juge pas, la Marseillaise c’est de droite, de gauche… Enfin, à un meeting du FN c’est peut être plutôt de droite. On décide de se tirer, pas question d’essayer d’interviewer des militants, ça suffit comme ça.

Croiser quelqu’un que tu connais à un meeting du FN

J’aurais dû faire comme si je ne l’avais pas vue. Mais j’ai souri et je suis allée faire la bise. C’était mon ancienne boss, du temps où je travaillais au Mc Do (été 2012). Elle avait l’air plutôt content de me voir, m’a demandé ce que je faisais maintenant (la dernière fois qu’elle m’avait vu, c’était avant mon stage aux Etats-Unis). Je n’en demandais pas tant, je lui ai bien expliqué que j’étais étudiante en master 1 à Sciences Po et que je faisais une enquête blabla… Je ne lui ai pas demandé ce qu’elle faisait là, bon…

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article