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You Be Good Now

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Mostly n'importe quoi. En Français and English.

Le fardeau de la pression à la beauté/ Pressure towards beauty and the toll it takes

Source: www.globalpost.com

Source: www.globalpost.com

Scroll down for the English version!

Il y a quelques temps, mon frère m’expliqua qu’il évitait le plus souvent de se promener dans le centre de la métropole voisine parce qu’il n’y aimait pas l’ambiance. Pour illustrer son propos, il évoqua l’image de passantes maquillées et chaussées de hauts talons. Je ne relevai pas. Je connaissais depuis longtemps l’aversion de mon frère pour tout artifice visant à rendre une personne plus attirante. Lui qui se laissa d’abord pousser les cheveux en une longue queue de cheval « par flemme » puis –au grand effroi de ma mère- se rasa régulièrement la tête, toujours « par flemme » est peu susceptible de passer des heures devant un miroir. Mais je ne suis pas mon frère. Je me maquille. Je porte parfois des talons hauts. Et Dieu sait que je passe de longs moments devant ma glace à me demander si je suis assez attirante. Ce comportement est-il dû à une tendance à la superficialité, ce même trait de caractère que mon frère reproche aux passantes ? Sommes-nous, ces femmes et moi, coupables d’accorder de l’importance à notre apparence, au détriment de ce qui importe ?

Une féministe « pop » ou « troisième vague » se ferait certainement un plaisir de répondre à cette interrogation par la négative, décomplexant avec allégresse les femmes qui dépensent une énergie folle à avoir l’air sexy. Au contraire, plus d’une féministe « deuxième vague » répondrait par l’affirmative, me mettant en face de mes contradiction : comment puis-je me prétendre l’égale de l’homme lorsque je consacre une importante part de mes ressources (financières, temporelles etc.) à me rendre agréable à ses yeux ? Seulement voilà, de nombreuses féministes se retrouvent aujourd’hui confrontées à la même contradiction : nous voulons nous affirmer, faire reconnaître nos qualités et nos talents indépendamment de notre apparence, mais n’accorder aucune importance à celle-ci semble impossible. Serions-nous rattrapées par notre tendance naturelle à la frivolité ? Non, évidemment non, et ce même si l’idée d’une « nature féminine » portée depuis la nuit des temps sur la cuisine, la mode, les horoscopes et tutti quanti est loin d’être morte et enterrée.

N’en déplaise à ceux qui pensent que chacun se construit sa propre identité à la seule force de son caractère et que la société n’influence que les faibles d’esprit, je pense qu’il est crucial de constamment garder à l’esprit le nombre incroyable de pressions que subissent les femmes concernant leur apparence. Dans notre société supposément éclairée et égalitaire, l’on fait régulièrement comprendre à une catégorie de personnes représentant grosso modo la moitié de la population qu’elles sont pratiquement superflues si elles ne sont pas agréables à regarder.

Certains diront que j’exagère. Que juger les gens sur leur apparence n’est pas acceptable, que ce qui compte, c’est évidemment, « la personnalité ». Ces personnes, je leur envie leur optimisme ainsi que le chalet au fin fond de l’Alaska qu’elles doivent habiter pour maintenir un tel niveau d’inconscience. Je fais partie de la "génération y" et mon existence quotidienne est un rappel permanent de l’importance du critère « beauté ». Cela commence dès l’enfance, et c’est déjà de ma faute. C’est moi, petite tête creuse, qui réclame à corps et à cris des Barbies, qui me colle devant la télé pour regarder Sailormoon, qui soupire de concert lorsque le protagoniste masculin de telle série télé se fait snober par la jolie fille dont il ne sait rien, mais dont il est forcément amoureux, puisqu’elle est jolie. C’est moi qui me rêve princesse, qui m’imagine que lorsque je grandirai je serai aussi jolie que Britney Spears ou rien. A l’adolescence, c’est moi qui me traîne mon physique ingrat sous les quolibets, qui attend que ça passe. Car quand je serai grande, je serai belle, c’est sûr, comment vivre autrement ? Lorsque ces cruelles années touchent à leur fin et que je remporte mes premiers succès (tomber le garçon le plus convoité du centre de vacances ET être nominée -alors que je n’avais rien demandé- lors du concours de la plus jolie fille) je prends espoir : je SUIS quelqu’un.

Aujourd’hui, je suis toujours cette adolescente. Je commence à penser à ce à quoi je ressemble quelques secondes à peine après la sonnerie de mon réveil. Je me compare aux femmes que je vois autour de moi, les vrais comme celles qui s’’épanouissent sur les panneaux publicitaires, dans les magazines, au cinéma, à la télévision. Je constate régulièrement avec un pincement au cœur que, bien que mon IMC soit dans la moyenne, je suis plus en chair que la plupart des héroïnes de films, mêmes les films d’auteurs. (Vous avez déjà vu une fille au poids NORMAL chez Rohmer ?!) Lorsque je vais sur Facebook, je remarque qu’un nombre non négligeable de mes amies semble y avoir pour principale activité la mise en ligne de photos d’elles les mettant en valeur. Une chose qu’aucun de mes amis masculins ne fait. J’imagine qu’eux sont occupés à des choses spirituelles (comme d’expliquer que Malala Yousafzai a beau être géniale, elle a vraiment besoin d’un relooking). Ou peut-être sont-ils moins inquiets à l’idée que l’on les juges sur leur apparence ? Peut-être ne ressentent ils pas le besoin impérieux, contrairement à ces jeunes femmes, de prouver à l’humanité toute entière qu’ils sont attirants, désirables, qu’ils ne font pas partie de la catégorie superflue susmentionnée ?

Car les femmes ressentent ce besoin. Peut-être pas toutes et peut être pas à la même échelle. Je ne suis pas en train de dire qu’en ce moment même toutes les femmes du monde sont en train de se lamenter qu’elles N’ONT RIEN A SE METTRE ET QUE TOUS LES BOUDINE. Mais d’une manière générale, la pression à la beauté fait partie de la vie des femmes. Elle leur coûte pas mal d’argent. L’industrie cosmétique est un véritable Léviathan générant des profits colossaux (coucou Madame Bettencourt, patronne de L’Oréal et deuxième femme la plus riche du monde selon le dernier classement Forbes !). Elle leur coûte de l’énergie et du temps (lorsque j’étais au lycée il était courant pour les filles de se lever une demi-heure, voire une heure plus tôt pour se lisser les cheveux). La pression à la beauté peut même coûter aux femmes -et l’on l’oublie souvent- leur santé mentale et physique. Les modèles de minceur que l’on pare des atours de l'exemplarité sont un parfait engrais pour le fléau de l’anorexie. Et être déprimée parce qu’on n’est pas jolie est une situation bien réelle pour beaucoup de femmes.

Bref, lorsque mon frère se plaint des femmes portant maquillage et talons hauts, je voudrais pouvoir lui dire tout cela et bien plus, car cet article (que je vous remercie du fond du cœur d’avoir lu) ne fait que gratter la surface d’un problème extrêmement complexe. Tellement complexe, que malgré les progrès considérables que nous avons accomplis en matière de droit des femmes, nous ne savons toujours pas par quel bout le prendre. Peut-être cependant devrais-je me contenter de lui dire : ces femmes c’est notamment ta petite sœur, tout ce que nous faisons n’est peut-être pas juste, mais nous faisons de notre mieux au vu des circonstances.

------English Version-----

Some time ago, my brother told me he avoided walking around the downtown area of the big city close to where we grew up because he didn’t like the atmosphere. To illustrate his position, he talked about how the women there would be wearing make-up and high heels. I didn’t respond to that. I had long known about my brother’s dislike for every artifice intended to enhance one’s looks. He himself kept his hair long for years because he felt too lazy to groom it, then –to my mom’s great displeasure- he shaved his head, again because he felt too lazy to groom his it. What I’m trying to say is that my brother is not susceptible of spending hours in front of a mirror, wondering if he’s attractive enough, but I’m not my brother. I wear make-up. I sometimes wear high heels. And god knows I spend time looking in the mirror wondering if I’m attractive enough. Can this behavior be explained by the same shallow tendency my brother blames some anonymous women for? Are we, those women and I, guilty of caring about our appearance to the detriment of what really matters?

A « pop » or « third wave » feminist would certainly answer this question with a firm no. On top of that, she would gladly legitimize the attitude of women who spend a crazy amount of energy in order to look sexy. On the contrary, many “second wave” feminists would answer with a yes and show me my contradictions: how can I claim to be equal to men when I bend over backwards (spending time, money and more) to be agreeable to their eye? But here’s the thing: nowadays, many feminists are confronted to the same contradiction: we want to emancipate ourselves, have our qualities and talents recognized regardless of our looks, but at the same time, not paying attention to our appearance seems impossible. Is the frivolous female in each one of us taking her toll? Of course not, even if the idea of an “eternal femininity” that cares mainly about cooking, fashion and horoscopes is far from having left collective consciousness.

At the risk of vexing those who think that building one’s identity is just a matter of will power and that society only influences the feebleminded, I think it is crucial to keep in mind the fact that women are under all kinds of pressure concerning their appearance. In our supposedly enlightened and egalitarian society, a category of people representing roughly half of the population is regularly told that if they’re not pretty they’re basically useless.

Some will say I’m exaggerating. They’ll say that judging people only on their appearance is not acceptable, that personality obviously matters more. Those people, I envy their optimism as well as the Alaskan cabin in which they must living to be so unaware of everything. I’m part of the so-called “y generation” and my daily life is a constant reminder of how important beauty is. It started when I was a kid and it was already my fault. I did it to myself, playing with Barbies, binge-watching Sailormoon, commiserating with the main male character of some tv show because he’s been rejected by some girl he doesn’t really know but must be in love with, because she’s so pretty. I’m the one who wanted to be a princess, who thought I would grow up to look as pretty as Britney Spears or be nothing. I’m the one, still, who suffered through high school, dragging around the unfortunate appearance I got teased for again and again, thinking “One day, I’ll be pretty”. How else could I live? When those cruel days reached an end I achieved a few victories (like scoring the hottest guy of the summer camp AND being nominated for prettiest girl in a competition I never asked to take part in*). I got hopeful again: I am a REAL person.

* And wasn't it a bit tone deaf of them to include teenage girls in a beauty pageant without asking?

Today, I'm still the same as that teenager. I think about what I look like a mere few seconds after I wake up. I compare myself to women I see around me, be it real life people, or people I see in magazines, or on screen. I realize, with a pain in the chest, that even if my BMI is average, virtually all women I see in films (even art films) are skinnier than me. When I go on Facebook, I realize that the main activity of a significant part of my female friends on this versatile social network seems to be posting advantageous photos of themselves. That’s an affliction none of my male friends seem to be suffering from. They must be busy with more spiritual concerns. Or maybe are they less worried about being judged solely on their appearance? They might not feel a crazy urge to constantly prove the entire humanity that they’re attractive, desirable; that they’re not part of the useless category I mentioned earlier.

Because women feel that urge. Maybe not all of them and maybe not to the same extent. I’m not saying that all of the women in the world are currently lamenting over the fact that THEY HAVE NOTHING TO WEAR AND EVERYTHING MAKES THEM LOOK FAT. But in general, pressure towards beauty is part of a woman’s life. It costs us a lot of money. The cosmetic industry is a damned leviathan that generates a fuckload of profit (the owner of L’Oréal, Mrs. Bettencourt, is the second richest woman on the planet according to the latest Forbes ranking). Obsession for beauty also uses up a lot of energy and time (when I was in high-school, it was common for girls to wake up half an hour if not an hour early to straighten their hair). Pressure towards beauty can even cost us our mental and physical health, a fact that is often overlooked. Dangerously skinny women who are presented as models of beauty are the perfect boost anorexia needs. And being depressed solely because one does not feel pretty enough is commonplace for many women.

To wrap it up, when my brother complains about women who wear make-up and high heels, I would like to be able to tell him what I just wrote. I should probably say even more. Because this article (which I thank you from the bottom of my heart for having read) is barely scratching the surface of an extremely complex problem. A problem so intricate that despite all the progress we have made regarding women’s rights, we barely know how to address it. Anyway, maybe the only thing I should tell my brother is: Your little sister is one of these women, what we do might not be right, and we might not be spot-on when it comes to what we chose to care about, but we do our best.

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