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You Be Good Now

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Mostly n'importe quoi. En Français and English.

The world on film # 1: India/ Le monde filmé # 1: L'Inde

© Criterion

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I realized a while ago that the vast majority of films I watch are either French or American. In an effort to widen my cinematic horizon I decided to start this series of articles in which I'll try to talk about a movie from a different country every week. The goal is to favor countries whose film culture is not as well-known. This way, I hope we can discover a variety of artistic treasures together.

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Il y a peu, je me suis rendue compte que la grande majorité des films que je regarde est soit française, soit américaine. Dans un effort d'élargissement de mes horizons cinématographiques, j'ai donc décidé de débuter une série d'articles dans lesquels, chaque semaine, j'aborderai un film provenant d'un pays diffèrent, le but étant de favoriser les pays dont la culture cinématographique ne bénéficie pas d'une très importante médiatisation. De cette manière, j'espère qu'ensemble, nous pourrons découvrir une variété de trésors culturels.

© Criterion
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The Big City/ La Grande Ville - Satyajit Ray (1963)

-version française plus bas-

India and South Korea have something in common: their cinema has become famous for one prominent genre that tends to monopolize the attention and thus define the cinematic identity of their country of origin throughout the world. In Korea there's Korean drama, and in India there's Bollywood. Like Korean Drama, Bollywood movies have their detractors, who particularly like to criticize their over-the-top aesthetic, and their advocates, who celebrate Bollywood as its own culture, with its rich world of complicated codes. As you might have guessed, and although Bollywood is a fascinating subject, the movie I would like to talk about today has nothing to do with Bollywood. Not only is its aesthetic very different, but it is a Bengali movie. Bollywood movies are Hindi movies that are essentially produced in Mumbai, whereas the capital of Bengali movies is Calcutta. My choice of an older movie is not motivated by the idea that "things were better before," but rather by my desire to talk about the wonderful Satyajit Ray.

The Big City (Mahanagar) is one of Ray's most famous movies. Its story is quite simple, but at the same time, its plot relies on a network of cultural expectations deceived by contrary emotions.

Arati, a young and pretty home maker played by Madhabi Mukherjee (who also stars in Charulata, another of Ray's major movies) decides to get a job to supplement her husband's meager salary. At first reluctant, her husband Subatra, played by Anil Chatterjee, decides to help her out, although in a rather paternalistic fashion, picking the job posting she will answer and writing her application letter for her.

Arati does get the job and has to face both the rewards and difficulties of her new occupation. While she gets more and more confident, her proud husband (on the way to the interview, he joyfully repeats several times the requirements of the job posting which states that the candidates have to be "smart and pretty" which are two qualities he is sure his wife possesses) has to face one humiliation after another. Most notably of these, his father, disappointed that his son cannot provide for his entire family and disgraced by his daughter in law's sales job, stops talking to his son altogether. This situation grows so painful for Subatra, that he starts doing everything he can to push Arati to quit. However, difficulties with his own job complicate his plans.

This movie can be hard to watch for the contemporary viewer. As a feminist, it was difficult to keep in mind that Subatra meant well and to restrain myself from getting incredibly angry at his old-fashioned views. I even vowed to punch the TV if the movie ended with Arati gleefully returning to her homemaking. It was not the case though. I don't want to spoil your enjoyment of the movie, but I can tell you it ends on a smart, optimistic and humanist note.

Moreover, Arati’s encounter, through her job, with an English-Indian girl adds another dimension to the movie. The cultural shock between the sari-wearing, Bengali-speaking Arati and the fashionable (meaning: following Western trends), English-speaking Edith results in a surprising friendship that plays a major part in the plot.

I hope you'll enjoy this movie (you can watch it on Hulu Plus) and that it'll make you want to watch more Satyajit Ray movies. Indeed, if he is popular among cinephiles, I wish he were in general more famous among European and American moviegoers.

One last thing: Ray's movies are a good way to get introduced to Bengali literature, himself a writer (The Elephant God (1979) and The Stranger (1992) are two examples of his own literary works that he adapted for cinema) he based several of his movies on short stories: Devi (1960) is originally a story by Provatkumar Mukhopadhyay, Charulata is based on a work by Rabindranath Tagore and The Holy Man (1963) drew inspiration from a tale by Rajshekhar Basu.

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L’Inde et la Corée du Sud ont ceci en commun que leur cinéma est dominé par un genre dont la notoriété est si grande qu’il détermine presque à lui seul l’identité cinématographique de son pays sur la scène internationale. Pour la Corée, c’est le Korean Drama et pour l’Inde, c’est Bollywood. Ces deux genres ont leurs détracteurs et leurs défenseurs, en particulier, Bollywood est souvent moqué par certains pour son style flamboyant et ses incohérences tandis que d’autres y voient l’expression d’une culture à part entière, supposant tout un système propre de codes et de symboles. Toutefois, comme vous l’avez déjà peut-être deviné et bien que Bollywood soit un sujet passionnant, le film dont je voudrais vous parler aujourd’hui n’en est pas un produit. Non seulement le style de La Grande Ville est très diffèrent, mais c’est aussi un film Bengali. Les films de Bollywood sont Hindis et essentiellement produits à Mumbai, tandis que la « capitale » du cinéma Bengali est Calcutta. Je voudrais ajouter que mon choix d’un film relativement ancien ne découle pas de l’idée que « c’était mieux avant », j’avais juste envie de parler de Satyajit Ray que j’adore.

La Grande Ville (Mahanagar) est un des films les plus célèbres de Ray. Son histoire parait plutôt simple mais repose en fait sur une lutte complexe entre les attentes des individus et les valeurs que la tradition leur a enseignées.

Arati, une jeune et belle femme au foyer incarnée par Madhabi Mukherjee (qui joue aussi le rôle principal de Charulata, un autre film majeur de Ray, réalisé en 1964) décide de trouver un emploi pour compléter le maigre salaire de son mari Subatra (Anil Chatterie). D’abord réticent, celui-ci décide finalement d’aider sa femme, bien que d’une manière très paternaliste : il choisit lui-même l’annonce à laquelle elle répondra et rédige sa lettre de motivation à sa place.

Arati est engagée. Elle doit à présent apprendre à gérer les difficultés liées au monde du travail, mais, maline et discrète, elle parvient à remporter quelques victoires et à se sentir de plus en plus à son aise dans son nouvel environnement. Pendant ce temps, Subatra, auparavant fier de sa femme (sur le chemin de l’entretien d’embauche il ne cesse de répéter deux mots qui décrivent le profil recherché : « belle et intelligente » qui, selon lui, conviennent parfaitement à sa femme) subit une série d’humiliations. En particulier, son père, honteux de constater que le salaire de son fils ne suffit pas à entretenir sa famille, cesse de lui adresser la parole. Cette situation devient si douloureuse pour Subatra qu’il fait tout pour pousser Arati à démissionner. Mais des difficultés liées à son propre travail contrarient ses projets.

Ce film peut être difficile à regarder pour le spectateur contemporain. En tant que féministe, j’ai parfois eu du mal à garder à l’esprit que les intentions de Subatra étaient bonnes et à ne pas être exaspérée par l’obsolescence de ses idées sur « le rôle de la femme ». Ce que je craignais par-dessus tout était que le film se termine joyeusement sur le retour volontaire d’Arati à son foyer. Heureusement ce n’est pas le cas. En fait, la fin est peut-être la plus belle scène du film, elle lui permet de s’achever sur une touche humaniste, optimiste et pleine de sagesse.

Une autre dimension intéressante du film repose sur la rencontre entre Arati et une collègue Anglo-Indienne. Le choc culturel entre Arati, toujours vêtue d’un sari et s’exprimant en Bengali et Edith, qui suit la mode occidentale et parle Anglais fait place à une amitié inattendue qui jouera un rôle central dans le déroulement de l’intrigue.

J’espère donc que vous aimerez ce film et qu’il vous donnera envie de regarder plus de films de Satyajit Ray. En effet, même s’il bénéficie d’une certaine popularité parmi les cinéphiles, je regrette qu’il ne soit pas plus connu en général en Europe et en Amérique.

Une dernière chose: les films de Ray sont un bon moyen de découvrir la littérature Bengali. Lui-même écrivain (il a adapté quelques-unes de ses propres œuvres au cinéma, dont Le Dieu Elephant en 1979 et Le Visiteur en 1992) il s’est souvent inspiré de nouvelles littéraires pour ses films. Devi (1960) est l’adaptation d’une œuvre de Provatkumar Mukhopadhyay, Charulata d’une histoire écrite par Rabindranath Tagore et Le Saint (1963), d’une œuvre de Rajshekhar Basu.

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